Origine et histoire de la Synagogue
La présence juive à Cavaillon est attestée dès le Moyen Âge, la communauté ayant obtenu de l'évêque l'autorisation de construire une première synagogue en 1494. De cet édifice médiéval subsiste essentiellement une tourelle, sans doute vestige de l'escalier originel. En 1771 la communauté, jugeant l'ancienne synagogue vétuste, décide sa reconstruction ; les travaux, conduits d'après les plans de l'architecte Lambertin d'Avignon, s'étendent de 1772 à 1774 et reprennent à peu près l'implantation de l'édifice antérieur, la tourelle nord étant conservée. Les maçons Antoine et Pierre Armelin, Joseph Bertet et Antoine Cavary exécutent le gros œuvre, tandis que Jean-Joseph Charmot réalise les sculptures, Joseph Caroly les verrières et François Isoard et Jérôme Valade les ferronneries. Conçue en deux volumes superposés reliés par un escalier extérieur, la synagogue présente une salle supérieure réservée aux hommes et une salle inférieure pour les femmes qui a également servi de boulangerie rituelle, comme l'attestent une table à pétrir en marbre et un four à pain azyme. La tribune (bimah), disposée le long du mur opposé à l'arche sainte, constitue une configuration rare et suppose un rite particulier pour le transport des rouleaux de la Torah ; elle est richement ouvragée dans un style rococo Louis XV. Une autre particularité est le siège du prophète Élie, suspendu dans un angle et destiné à intervenir lors des circoncisions.
À partir du milieu du XIXe siècle, la synagogue est progressivement désertée du fait de la dispersion de la communauté, mais l'édifice fait l'objet de nombreuses opérations de dégagement et d'entretien : une première grande campagne municipale date de 1853, des maisons mitoyennes en ruine sont démolies en 1864 et 1876, et l'escalier extérieur est reconstruit en 1901. Classée au titre des Monuments historiques en 1924, la synagogue connaît des restaurations en 1929, 1955 et 1961 ; elle accueille le Musée juif comtadin depuis 1963 et fait l'objet de nouvelles restaurations en 1969 et 1987. Après la guerre, la ville, en liaison avec l'Association Cultuelle Israélite, assure la conservation du site : en 1955 la boulangerie est réaménagée pour le musée, en 1961 la façade nord est nettoyée et en 1969 les plafonds sont repris.
La dernière grande campagne, conduite en partenariat avec l'État et soutenue par plusieurs organismes, s'est achevée en 1988 ; sous la maîtrise d'œuvre de Dominique Ronseray, on a procédé entre autres au nettoyage délicat du parement en pierre fine d'Oppède, au remplacement d'assises pulvérulentes par une pierre d'aspect équivalent, à la révision de la charpente et de la couverture avec isolation, ainsi qu'à la réfection des enduits, du platelage du balcon et des portes métalliques inscrites en hébreu. La polychromie des huisseries a été choisie en référence au décor intérieur et au vitrage de la synagogue de Carpentras, faute de témoins fiables des tons du XVIIIe siècle. Le décor intérieur a fait l'objet d'une restauration minutieuse menée par des restaurateurs d'œuvres d'art sous la conduite de la Direction régionale des affaires culturelles et de Christian Prévost-Marcilhacy ; l'installation électrique a été conçue pour rester discrète et restituer une ambiance proche de l'éclairage aux chandelles, les lustres anciens ayant été restaurés, et aucun chauffage n'a été installé afin de préserver les boiseries.
L'ensemble du site, qui comprend la « carriero » ou ghetto comtadin avec son puits, la maison du rabbin, la boulangerie rituelle, le mikvé et la synagogue, avait été menacé par un projet immobilier finalement abandonné, décision confirmée en 2011 par la Fondation Calvet.